La vie chrétienne

Tu ne diras point de faux témoignage

« Tu ne diras point de faux témoignage contre ton prochain. »

Exode 20:16

Un homme peut être entièrement ruiné par une seule phrase. Non pas par un coup reçu, non pas par un vol, non pas par quoi que ce soit qui laisse une marque qu'un médecin pourrait examiner, mais par une simple phrase, prononcée dans une pièce où il ne se trouvait pas, et au sujet d'une chose qu'il n'a jamais faite. Et ce qui rend cette blessure-là si particulièrement cruelle, c'est que la victime n'apprend bien souvent jamais ce qui fut dit sur elle, ne peut répondre à ce qu'elle n'a jamais entendu, et elle constate seulement que des portes se sont doucement fermées devant elle et que les regards ont changé, sans savoir pourquoi.

Dieu a beaucoup de choses à dire là-dessus, et il les dit avec une sévérité qui surprend toujours le lecteur moderne. C'est là l'un des dix commandements de Dieu. Et cela emportait, sous la loi de Moïse, une peine pouvant aller jusqu'à la mort elle-même. Et l'Écriture vient le ranger parmi les pires péchés qui soient. Cet article expose donc ce que Dieu a dit au sujet du faux témoin, pourquoi il le tient pour si grave, et, car il faut le dire aussi, quelle miséricorde est offerte à celui qui en a porté un.

1. Où Dieu a placé ce commandement

Considérez un instant la compagnie qu'il tient. Lorsque Dieu écrivit lui-même, de son propre doigt, sur des tables de pierre, il donna dix commandements, et chacun des six derniers vient protéger quelque chose qui appartient au prochain : sa vie, son mariage, ses biens — puis celui-ci :

« Tu ne diras point de faux témoignage contre ton prochain. » (Exode 20:16)

Songez à la compagnie dans laquelle Dieu l'a placé. Il se tient avec le meurtre, l'adultère et le vol, non parmi les matières secondaires, mais parmi les choses qui détruisent la vie d'un homme.

Et remarquez les derniers mots. Ton prochain. Le commandement ne porte pas sur l'exactitude en général. Il porte sur ce que vos paroles font à une personne précise qui a un nom.

« Il y a six choses que hait l'Éternel, même sept qui lui sont en abomination: Les yeux hautains, la langue fausse, les mains qui répandent le sang innocent, Le cœur qui forme de mauvais desseins, les pieds qui se hâtent pour courir au mal, Le faux témoin qui prononce des mensonges, et celui qui sème des querelles entre les frères. » (Proverbes 6:16-19)

Relisez cette liste et comptez. Des sept choses que Dieu hait, trois concernent la langue : une langue menteuse, un faux témoin, et celui qui sème la discorde. Près de la moitié de la liste.

« Tu ne diras point de faux témoignage contre ton prochain. » (Exode 20:16)

Il se tient à côté de tu ne tueras point et de tu ne déroberas point. Cette place qu'il occupe est déjà un argument en soi. Dieu tient donc manifestement la réputation d'un homme, et son crédit aux yeux d'autrui, comme lui appartenant au même titre que sa vie et que ses biens, et il tient le faux témoignage pour une espèce de vol et de meurtre à la fois.

Et notez la direction de l'offense : contre ton prochain. Ce commandement ne porte donc pas d'abord sur la véracité considérée en général. Il porte bien plutôt sur ce que nos paroles font à une personne bien précise.

2. Ce que ce péché recouvre réellement

Beaucoup de gens lisent ce commandement de manière bien trop étroite, comme une simple interdiction du parjure au tribunal, et ils en concluent qu'ils n'en ont jamais approché. Mais la loi elle-même vient le définir bien plus largement :

Le commandement est plus large que le parjure devant un tribunal, et il vaut la peine d'énoncer ce qu'il recouvre.

Le mensonge pur et simple au sujet d'une personne.

La chose vraie dite afin de nuire. L'exactitude n'est pas l'innocence. Un fait répété dans l'intention de blesser quelqu'un demeure une arme.

La demi-vérité : le détail choisi, le contexte tu, la version techniquement défendable et entièrement trompeuse.

La transmission de ce que vous n'avez pas vérifié.

« Celui qui répond à un discours, avant que de l'avoir entendu, fait une folie et s'attire la confusion. » (Proverbes 18:13)

Et le silence qui laisse subsister une fausse impression quand vous pourriez la corriger. Entendre calomnier un homme et ne rien dire, c'est le prêter.

« Tu ne répandras point de calomnies parmi ton peuple; tu ne t'élèveras point contre le sang de ton prochain: Je suis l'Éternel. » (Lévitique 19:16)

« Tu ne sèmeras point de faux bruit ; ne prête point la main au méchant pour être faux témoin. Tu ne suivras point la multitude pour faire le mal ; et lorsque tu témoigneras dans un procès, tu ne te détourneras point pour suivre le plus grand nombre. » (Exode 23:1-2)

Ce sont quatre péchés bien distincts qui y sont nommés, et ils viennent élargir énormément la portée du commandement.

Semer un faux bruit. C'est lancer une chose fausse dans le monde. Non pas nécessairement sous serment devant un juge, mais simplement mettre un récit en mouvement.

Prêter la main au méchant. C'est apporter son appui, son nom et son crédit à l'accusation fausse d'un autre. Vous ne l'avez pas inventée vous-même ; mais vous l'avez portée. L'Écriture ne fait ici aucune distinction : celui qui y prête la main est devenu lui-même faux témoin.

Suivre la multitude pour faire le mal. Tout le monde le disait déjà autour de vous, et il était bien plus facile d'acquiescer que de se tenir à part. C'est là peut-être la forme la plus courante de toutes, et Dieu en ôte expressément l'excuse. Le fait que tout le monde le disait n'est justement pas une défense recevable.

Fausser son témoignage pour suivre le plus grand nombre. C'est ajuster son récit d'une affaire à ce que la salle a envie d'entendre.

Ce commandement atteint donc à la fois celui qui invente, celui qui répète, celui qui approuve du menton, et celui qui nuance son témoignage selon la compagnie. Bien peu d'entre nous se trouvent donc tranquillement hors de ce cercle-là.

Et la loi ne s'arrête pas au tribunal. Elle atteint le colportage ordinaire :

« Tu ne sèmeras point de faux bruit; ne prête point la main au méchant pour être faux témoin. » (Exode 23:1)

Tu ne prêteras point la main au méchant. Répandre le rapport d'un autre suffit à vous rendre complice. Nul n'a besoin d'inventer le mensonge pour en porter la faute.

3. La sévérité de la peine

Venons-en maintenant à ce qui montre toute la gravité que Dieu y attache. La loi avait fixé toute une procédure pour le témoin soupçonné de fausseté, ainsi qu'une peine d'un genre qu'on ne rencontre nulle part ailleurs dans tout le code.

Dieu a attaché à ceci une peine qui vous dit exactement le poids qu'il lui donne.

« Et les juges s'informeront exactement; et s'il se trouve que ce témoin soit un faux témoin, qu'il ait déposé faussement contre son frère, Vous lui ferez comme il avait dessein de faire à son frère; et tu ôteras le méchant du milieu de toi. » (Deutéronome 19:18-19)

Voyez ce que cela signifiait en pratique. Un faux témoin dans une affaire capitale devait recevoir la mort qu'il avait voulue pour l'autre.

Dieu ne traite pas les paroles comme moins graves que l'acte. Il les traite comme l'acte tenté.

« Le faux témoin ne demeurera point impuni, et celui qui profère des mensonges, n'échappera point. » (Proverbes 19:5)

La même phrase revient deux fois dans les Proverbes, à quatre versets d'intervalle, la fin modifiée la seconde fois : celui qui profère des mensonges périra. Salomon le dit, puis le redit plus durement.

Lorsqu'un témoin était accusé d'avoir témoigné faussement, les juges devaient faire des recherches exactes — c'est-à-dire une enquête soigneuse et menée sans hâte. Et si le témoin était trouvé faux, alors ceci :

« Vous lui ferez comme il avait dessein de faire à son frère ; et tu ôteras le méchant du milieu de toi. » (Deutéronome 19:19)

Pesez bien tout ce que cela signifie. Le faux témoin recevait ainsi la punition même qu'il avait voulu faire tomber sur l'innocent. S'il avait accusé son frère de vol, alors il portait lui-même la peine du vol. S'il l'avait accusé d'un crime capital, il portait la peine capitale. Dieu attachait donc au mensonge la conséquence exacte que le menteur avait destinée à un autre que lui.

« Ton œil sera sans pitié : vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied. » (Deutéronome 19:21)

Ton œil sera sans pitié. C'est là une parole bien dure, et elle était voulue telle. Et la raison en est donnée au verset suivant : c'est afin que les autres l'entendent, qu'ils craignent, et qu'ils ne recommencent plus.

Nulle part ailleurs la loi ne traite plus sévèrement un péché de la langue. Dieu ne tenait nullement les paroles pour peu de chose, et il ne traitait pas une accusation fabriquée comme une agression de moindre catégorie.

Et la raison donnée de cette sévérité est pédagogique :

« Et les autres l'entendront et craindront, et ils ne feront plus de semblable méchanceté au milieu de toi. » (Deutéronome 19:20)

Une communauté qui traite le faux témoignage à la légère apprend à mentir. Une communauté qui le juge apprend à craindre.

4. Ce à quoi cela ressemble : trois récits de l'Écriture

La Bible ne laisse nullement la chose dans la seule théorie. Elle rapporte au contraire ce que le faux témoignage fait réellement, et les trois récits qu'elle en donne ont beaucoup de choses en commun.

L'Écriture ne se contente pas de l'interdire ; elle montre trois hommes qui l'ont subi, et les récits ne se ressemblent pas par hasard.

Naboth possédait une vigne qu'un roi convoitait. Deux hommes furent produits pour dire qu'il avait blasphémé, et il fut lapidé pour un jardin.

« Alors les deux scélérats entrèrent et se tinrent en face de lui; et ces scélérats témoignèrent contre Naboth, en la présence du peuple, en disant: Naboth a blasphémé contre Dieu et le roi. Puis ils le menèrent hors de la ville, ils le lapidèrent, et il mourut. » (1 Rois 21:13)

Étienne prêchait, et l'on ne put répondre à ce qu'il disait. Alors on ne répondit pas ; on suborna des témoins.

« Alors ils subornèrent des hommes pour dire: Nous lui avons entendu proférer des paroles blasphématoires contre Moïse et contre Dieu. » (Actes 6:11)

« Et ils produisirent de faux témoins, qui disaient: Cet homme-ci ne cesse de proférer des paroles blasphématoires contre ce saint lieu et contre la loi. » (Actes 6:13)

Et le Seigneur Jésus-Christ lui-même, devant un conseil qui cherchait un faux témoignage avant même d'avoir un chef d'accusation.

« Car plusieurs rendaient de faux témoignages contre lui; mais leurs dépositions ne s'accordaient pas. » (Marc 14:56)

Un homme qui possédait une vigne. Un roi convoitait cette terre ; le propriétaire refusa de la lui vendre, car c'était là l'héritage de sa famille et la loi en interdisait expressément le transfert. Le roi se mit à bouder. Sa femme se chargea d'arranger l'affaire. Des lettres partirent alors sous le sceau même du roi vers les anciens de la propre ville de cet homme, ordonnant un jeûne, plaçant l'homme à une place d'honneur au milieu de ses voisins, et dressant devant lui deux hommes de rien pour témoigner qu'il avait blasphémé Dieu et le roi. Ils le firent. On le mena dehors et on le lapida, et le roi descendit prendre possession de la vigne.

Voyez bien toute la mécanique de la chose. Une occasion religieuse servit même de cadre à tout cela. Des notables du lieu même exécutèrent la sentence. La procédure suivie satisfaisait à la lettre même de la loi : il y avait bien deux témoins, exactement comme exigé. Tout paraissait donc parfaitement régulier. Et pourtant un innocent était mort, et sa famille se trouvait dépouillée.

Un procès de nuit. Lorsque le Seigneur Jésus-Christ fut arrêté, les principaux sacrificateurs et tout le conseil se mirent à chercher un faux témoignage contre lui pour le faire mourir, et l'Écriture rapporte clairement que, bien que plusieurs faux témoins se présentassent, ils n'en trouvèrent point qui convînt. Les récits qu'ils faisaient se contredisaient entre eux. Enfin deux hommes s'avancèrent avec une version déformée d'une parole qu'il avait réellement prononcée, tordant une déclaration sur le temple de son corps en une menace contre le bâtiment.

Notez bien ce détail, car il est fort instructif. Le faux témoignage le plus efficace de tous est bien rarement une pure invention. C'est bien plutôt une phrase réelle, déplacée hors de son cadre naturel, et dont le sens a été changé. Cela est bien plus difficile à réfuter qu'une fabrication toute pure, car l'accusé ne peut pas dire je n'ai jamais dit cela.

Un diacre devant le conseil. Lorsque Étienne prêchait, ses adversaires ne pouvaient nullement résister à la sagesse par laquelle il parlait — aussi subornèrent-ils des hommes, c'est-à-dire qu'ils se les procurèrent, qu'ils les préparèrent et qu'ils les postèrent pour dire qu'il avait proféré des paroles blasphématoires. Et ils émurent d'abord le peuple, les anciens et les scribes, de sorte qu'un climat était déjà créé avant même que l'accusation ne fût entendue. Et il fut lapidé.

Et le procès le plus célèbre de l'histoire reposa entièrement sur ce péché :

« Or, les principaux sacrificateurs et les anciens, et tout le sanhédrin cherchaient quelque faux témoignage contre Jésus pour le faire mourir. Mais ils n'en trouvaient point; et bien que plusieurs faux témoins se fussent présentés, ils n'en trouvaient point. Enfin deux faux témoins s'approchèrent et dirent: » (Matthieu 26:59-60)

Ils cherchaient de faux témoins. L'affaire ne fut pas égarée par un mensonge survenu par accident ; on est allé le chercher.

5. Ce que les trois ont en commun

Placez ces trois récits côte à côte, et vous verrez que le même schéma y revient chaque fois.

Ce que ces trois récits ont en commun mérite d'être relevé, car le schéma n'a pas changé.

Dans chaque cas, la victime était innocente. Non pas mal comprise, non pas partiellement en tort. Innocente.

Dans chaque cas, il fallait un vernis de légalité. On ne tua ni Naboth ni Étienne dans une ruelle ; on leur donna une procédure. Le faux témoignage est le péché qui tient à paraître juste.

Dans chaque cas, quelqu'un d'autre en tirait profit. Une vigne, une position menacée, un pouvoir religieux contesté. Cherchez à qui la calomnie profite et vous trouverez d'ordinaire d'où elle vient.

Et dans chaque cas, il fallut plusieurs personnes. Le faux témoin ne travaille jamais seul : il lui faut quelqu'un pour écouter, quelqu'un pour répéter, et beaucoup pour ne rien dire.

« Tu ne sèmeras point de faux bruit; ne prête point la main au méchant pour être faux témoin. » (Exode 23:1)

Dans chaque cas, le faux témoignage fut organisé et non spontané — quelqu'un l'a arrangé. Dans chaque cas encore, il fut revêtu de légalité et bien souvent de religion ; les formes furent observées. Dans chaque cas, l'atmosphère fut préparée avant que l'accusation ne fût portée, afin que les auditeurs fussent disposés à croire. Et dans chaque cas, la cible choisie était une personne dont l'existence même gênait quelqu'un de puissant.

Ce dernier point mérite toute notre attention. Le faux témoignage ne porte en réalité que très rarement sur la vérité. C'est un outil, et on ne le prend en main que lorsqu'on veut un résultat qu'on ne saurait obtenir honnêtement. L'accusation n'est jamais le but poursuivi ; c'est l'élimination de l'homme qui est le but.

Et dans chaque cas, l'accusation portait sur des paroles. Naboth aurait blasphémé. Étienne aurait parlé contre le temple. Le Seigneur Jésus-Christ aurait dit qu'il détruirait le sanctuaire. Aucun des trois n'était accusé d'un acte que l'on pût produire — seulement de choses qu'on prétendait leur avoir entendu dire, et que nul ne pouvait contredire.

C'est là ce qui rend cette arme si commode. Une accusation portant sur des paroles ne laisse rien à examiner. Il n'y a pas de corps, pas de bien volé, pas de blessure à montrer — seulement la parole d'un homme contre celle d'un autre, ce qui est exactement pourquoi Dieu a exigé deux témoins.

Et dans chaque cas, ceux qui savaient se sont tus. Toute une ville connaissait Naboth. Le silence des honnêtes gens est ce qui rend le faux témoignage efficace, et c'est pourquoi l'Écriture le nomme aussi.

« Lorsque quelqu'un étant témoin, après avoir entendu la parole du serment, aura péché en ne déclarant pas ce qu'il a vu ou ce qu'il sait, il portera son iniquité. » (Lévitique 5:1)

6. Pourquoi Dieu le hait tant

L'Écriture nous en donne elle-même les raisons, et il vaut la peine de les exposer bien clairement.

Demandez pourquoi Dieu range ceci avec l'effusion de sang, et trois raisons ressortent.

Parce que cela détruit ce qui ne peut être rebâti. L'argent se rembourse, un bien se remplace, une blessure guérit. Une réputation une fois brisée n'est jamais tout à fait rétablie, et le démenti ne voyage jamais aussi loin que l'accusation.

Parce que cela fait du menteur le contraire de Dieu. La vérité n'est pas seulement une chose que Dieu approuve ; c'est ce qu'il est. Et l'Écriture nomme clairement l'autre côté :

« Le père dont vous êtes issus, c'est le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement, et il n'a point persisté dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il dit le mensonge, il parle de son propre fonds; car il est menteur, et le père du mensonge. » (Jean 8:44)

Un homme qui porte un faux témoignage n'enfreint pas seulement une règle. Il exerce le métier de famille du mauvais père.

Et parce que cela frappe l'innocent. Les forts ont rarement besoin de calomnier. C'est l'arme de choix contre ceux qui ne peuvent répondre.

« De faux témoins se lèvent; ils me demandent des choses dont je ne sais rien. » (Psaumes 35:11)

Parce que le dommage ne peut être rappelé. Un bien volé peut toujours être rendu ; un faux bruit, jamais. Une fois qu'une chose est dite, elle se met à voyager, et et elle vit ensuite dans l'esprit de gens qui n'entendront jamais le démenti. Un homme peut être entièrement disculpé et constater pourtant que l'accusation portée survit longtemps à son acquittement.

Parce que cela détruit ce qu'un homme ne peut rebâtir seul. On se relève toujours d'une perte financière en travaillant davantage. Mais nul ne peut restaurer sa propre réputation par un effort purement personnel, car la chose qu'il a perdue se trouve dans l'esprit des autres, où il n'a aucun accès. C'est là une blessure que la victime est absolument impuissante à soigner.

Parce que cela nuit à bien plus qu'à la cible. Des familles entières s'en divisent. Des enfants entendent des choses sur leur propre parent. Des amitiés de plusieurs décennies prennent fin sans que ni l'un ni l'autre ne sache exactement pourquoi. Le rayon d'explosion en est énorme, et aucune de ces victimes supplémentaires n'était même visée.

Parce que cela corrompt ceux qui répètent. Un faux bruit a toujours besoin de porteurs, et chacun de ceux qui le transmettent y a pris désormais sa part.

Et à cause de qui en est l'auteur. Le Seigneur Jésus-Christ a dit du diable qu'il fut meurtrier dès le commencement, qu'il n'y a point de vérité en lui, et que lorsqu'il profère le mensonge il parle de son propre fonds, car il est menteur, et le père du mensonge. Voilà bien une chose grave à peser. Quand un homme fabrique de toutes pièces une accusation, il n'a pas seulement enfreint une règle ; il a saisi en main un outil bien particulier, et cet outil-là n'est nullement celui de Dieu.

« Les lèvres fausses sont en abomination à l'Éternel, mais ceux qui agissent sincèrement lui sont agréables. » (Proverbes 12:22)

Notez encore le couple : abomination et agréables. Celui qui agit droitement n'est pas seulement toléré de Dieu ; il lui est un véritable plaisir.

L'Écriture dresse une courte liste de ce que Dieu hait, et ce péché y figure deux fois :

« Il y a six choses que hait l'Éternel, même sept qui lui sont en abomination: Les yeux hautains, la langue fausse, les mains qui répandent le sang innocent, Le cœur qui forme de mauvais desseins, les pieds qui se hâtent pour courir au mal, Le faux témoin qui prononce des mensonges, et celui qui sème des querelles entre les frères. » (Proverbes 6:16-19)

Deux fois sur sept. Le faux témoin qui profère des mensonges, et celui qui sème la discorde entre frères, car le premier produit d'ordinaire le second.

7. Les sauvegardes que Dieu a inscrites dans sa loi

Parce que Dieu savait d'avance que ce péché viendrait, il a bâti des protections jusque dans la procédure judiciaire, et il vaut vraiment la peine de les connaître, car elles valent partout où des hommes ont à peser une accusation.

Dieu ne s'est pas contenté de l'interdire. Il a inscrit dans la loi des protections que tout homme honnête voudrait encore voir appliquées à lui-même.

« Un seul témoin ne sera point valable contre un homme pour quelque crime et péché que ce soit, quelque péché qu'on ait commis; sur la parole de deux ou de trois témoins, une chose sera valable. » (Deutéronome 19:15)

Une seule voix n'a jamais suffi, si respectable que fût la voix. Et la même règle est reprise dans le Nouveau Testament et appliquée à l'intérieur de l'Église :

« Ne reçois aucune accusation contre un ancien, si ce n'est de deux ou trois témoins. » (1 Timothée 5:19)

« Celui qui plaide le premier, paraît juste; mais sa partie vient et l'examine. » (Proverbes 18:17)

Ce verset devrait être écrit au-dessus de toute conversation où un seul côté d'une histoire a été raconté. Le premier récit paraît toujours vrai, non parce qu'il l'est, mais parce qu'il n'y a encore rien à côté.

Jamais sur un seul témoignage.

« Un seul témoin ne sera point valable contre un homme pour quelque crime et péché que ce soit, quelque péché qu'on ait commis ; sur la parole de deux ou de trois témoins, une chose sera valable. » (Deutéronome 19:15)

Non pas ne devrait point. Ne sera point. Une accusation isolée, si assurée et si sincère qu'elle puisse être, n'établit absolument rien du tout. Or ce principe passe tel quel dans le Nouveau Testament, où l'apôtre Paul enseigne qu'une accusation contre un ancien ne doit même pas être reçue, sinon devant deux ou trois témoins. Notez bien ceci : non pas seulement qu'on ne doit pas y donner suite — qu'on ne doit pas la recevoir.

Une enquête diligente. Les juges devaient sonder toute l'affaire avec le plus grand soin. Non pas une impression rapide. Non pas davantage une décision prise quand les esprits sont échauffés.

Les deux parties présentes. Dans la procédure d'un témoignage contesté, les deux hommes en cause devaient se présenter devant les sacrificateurs et devant les juges. Les deux. L'accusé devait se trouver dans la salle et pouvoir y répondre lui-même.

Et un avertissement sur les premières impressions. L'Écriture observe sobrement que celui qui plaide le premier paraît avoir raison, jusqu'à ce que son prochain vienne et l'examine. Chacun de nous s'est déjà formé une opinion bien arrêtée sur la foi d'un seul récit, livré avec beaucoup de conviction par quelqu'un en qui nous avions confiance. La Bible traite donc cela comme une faiblesse humaine bien connue, et elle nous en avertit très directement.

Et il y a une sauvegarde plus simple encore, qui vaut pour tout homme et non pour les seuls juges :

« Celui qui répond à un discours, avant que de l'avoir entendu, fait une folie et s'attire la confusion. » (Proverbes 18:13)

Répondre avant d'avoir écouté est appelé une folie et une honte. La plupart des faux rapports ne naissent pas de la malice mais de la hâte.

8. Les formes plus subtiles

La plupart de ceux qui portent un faux témoignage le nieraient très sincèrement, car les formes qu'il revêt d'ordinaire ne ressemblent nullement à un mensonge.

La plupart d'entre nous ne témoigneront jamais faussement devant un tribunal. Presque tous ont fait l'une de ces choses.

La médisance avec un air soucieux. Le sujet de prière qui transporte une information dont nul n'avait besoin. Cela a la forme de la sollicitude et l'effet de la calomnie.

« Celui qui va médisant, révèle le secret; mais celui qui a un cœur loyal, le cache. » (Proverbes 11:13)

L'interprétation défavorable d'un motif. Vous avez vu un acte ; vous n'avez pas vu un cœur. Retenir la pire des deux explications, et la répéter, c'est porter un faux témoignage avec des faits intacts.

L'exagération. L'histoire légèrement améliorée à chaque récit jusqu'à ne plus être ce qui s'est passé.

Et la flatterie, qui est un mensonge dit en face, et que l'Écriture traite comme le même péché retourné.

« L'homme qui flatte son prochain, tend un filet sous ses pas. » (Proverbes 29:5)

Le fait vrai dont on a retiré le contexte. Il l'a bien dit, certes, mais vous n'avez pas mentionné à quoi il était en train de répondre, ni qu'il s'est rétracté une heure plus tard, ni qu'il citait quelqu'un d'autre pour le contredire.

L'omission qui change tout. Tout ce que vous avez dit était parfaitement exact. Mais ce que vous avez tu était justement la part qui aurait tout expliqué.

La supposition assurée sur les motifs. Vous avez rapporté l'acte correctement, puis vous avez fourni la raison — parce qu'il voulait, parce qu'il cherchait à — comme si vous aviez librement accès à son cœur. Vous ne l'avez pas. Et personne ne l'a jamais.

La question qui est une accusation. Je ne sais pas, mais n'est-il pas étrange que… ? Aucune affirmation n'a été formellement faite, et donc rien ne peut être réfuté, et pourtant l'auditeur s'en va de là avec l'impression entièrement formée. C'est là l'une des méthodes les plus efficaces qui soient, et l'une de celles dont on se repent le moins.

La répétition non vérifiée. Vous ne l'avez pas inventée et vous ne l'avez pas vérifiée. Vous l'avez pourtant transmise, peut-être même avec un soupir de sincère inquiétude. Mais un rapport que vous n'avez pas pris la peine de vérifier est un rapport que vous n'avez pas le droit de faire circuler.

« Celui qui couvre les fautes, cherche l'amitié ; mais celui qui en fait rapport, divise les meilleurs amis. » (Proverbes 17:9)

Observez bien ce que ce verset dit de l'effet produit : cela divise les meilleurs amis, non des ennemis, mais des gens qui étaient proches. Voilà bien le dommage caractéristique que produit l'affaire répétée.

Et le silence quand on sait mieux. Si un faux bruit circule sur quelqu'un et que vous êtes en position de le corriger et que vous vous taisez parce que c'est gênant, alors votre silence est devenu lui-même une forme de témoignage. Or la loi exigeait expressément que celui qui pouvait témoigner parlât.

L'Écriture nomme aussi la forme la plus polie de ce péché :

« Celui qui dissimule la haine a des lèvres trompeuses; et celui qui répand la calomnie, est un insensé. » (Proverbes 10:18)

Celui qui cache la haine a des lèvres menteuses. On peut porter un faux témoignage par le silence, en laissant croire ce que l'on sait faux.

9. « Passons là-dessus »

Voici maintenant un cas bien particulier, et il mérite d'avoir sa propre section parce qu'il est fréquent et parce que c'est là qu'une faute ordinaire devient quelque chose de pire.

Il reste une réaction à examiner, et c'est la plus courante chez les gens honorables.

« Passons là-dessus. » Le mal est fait, la personne a été blessée, et il semble plus paisible de laisser retomber la chose que de rouvrir l'affaire.

Mais remarquez qui trouve cela plus paisible. Celui qui a parlé, non celui dont on a parlé. Le silence coûte peu à l'un et laisse l'autre exactement là où la calomnie l'a mis.

« Le feu s'éteint faute de bois; ainsi quand il n'y aura plus de rapporteurs, les querelles s'apaiseront. » (Proverbes 26:20)

Le bois retiré, le feu s'éteint. Mais quelqu'un doit retirer le bois, et ce n'est pas la même chose que de s'éloigner du foyer.

« C'est pourquoi, ayant dépouillé le mensonge, que chacun parle selon la vérité à son prochain, car nous sommes membres les uns des autres. » (Éphésiens 4:25)

Supposez qu'une accusation ait été portée, puis reconnue fausse. Les preuves s'effondrent d'elles-mêmes ; le témoin est discrédité ; il devient clair pour tous les intéressés que la chose n'était pas ainsi.

Ce qui devrait suivre est évident. L'accusé devrait être publiquement disculpé — aussi publiquement qu'il fut accusé : le faux bruit retiré publiquement par ceux qui l'avaient avancé, et des excuses présentées.

Ce qui arrive souvent à la place, c'est la décision discrète de passer à autre chose. Ne nous attardons pas là-dessus. Mettons cela derrière nous. De toute façon, il y avait d'autres griefs. L'accusation est abandonnée sans jamais être rétractée ; le nuage demeure sur l'homme ; et un grief nouveau est produit pour justifier la position déjà prise.

Cette manœuvre-là n'est nullement de la neutralité. C'est bien plutôt l'achèvement du faux témoignage, et non pas sa réparation. Voyez ce qui s'est réellement produit : l'accusation a fait son œuvre, le dommage subsiste tout entier, et l'accusateur a été dispensé du prix de l'aveu. Pendant ce temps l'innocent en porte le résidu des années durant, car chacun se souvient qu'il y avait quelque chose, et nul ne se souvient que c'était démenti.

Or la loi exigeait exactement le contraire. Quand un témoin était trouvé faux, l'affaire n'était pas étouffée pour l'amour de la paix : elle était au contraire traitée ouvertement, et cela précisément afin que les autres l'entendent et craignent. Le souci de Dieu n'était pas seulement que l'accusé échappât à la peine, mais que la vérité fût publiquement établie.

Et passer à une nouvelle accusation parce que la première a échoué est en soi un aveu. Un homme honnête qui découvre qu'il s'était trompé au sujet de quelqu'un ne part pas aussitôt en quête d'un autre chef d'accusation. Il révise plutôt son opinion sur cet homme.

10. Ce que Dieu dit de l'issue

L'Écriture ne laisse nullement au faux témoin l'impression d'avoir réussi son coup.

« Je retrancherai celui qui médit en secret de son prochain; je ne supporterai point celui qui a le regard hautain et le cœur enflé. » (Psaumes 101:5)

Notez le mot en secret — là où l'on ne peut y répondre. C'est cette forme-là que Dieu désigne.

« Or, je vous dis que les hommes rendront compte, au jour du jugement, de toute parole vaine qu'ils auront dite; Car tu seras justifié par tes paroles, et par tes paroles tu seras condamné. » (Matthieu 12:36-37)

Chaque parole dite au sujet d'autrui figure sur un registre qui sera relu. Non pas celles que vous défendriez : les paroles vaines, celles que vous avez oubliées, celles dites dans une voiture ou une cuisine et auxquelles vous n'avez plus jamais pensé.

« Mais, pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les fornicateurs, les empoisonneurs, les idolâtres, et tous les menteurs, leur part est dans l'étang ardent de feu et de soufre; ceci est la seconde mort. » (Apocalypse 21:8)

Verset solennel, et il ne vise pas seulement les imposteurs spectaculaires. C'est une catégorie, et bien des gens respectables lui appartiennent.

« Le faux témoin ne demeurera point impuni, et celui qui profère des mensonges, n'échappera point. » (Proverbes 19:5)

Notez bien les deux moitiés de ce verset, car elles devancent l'objection la plus évidente. Et s'il n'est jamais découvert ? Si le faux témoin meurt respecté et que l'homme qu'il a ruiné meurt sous le nuage ? L'Écriture répond : il n'échappera point. Non pas qu'il sera toujours démasqué en cette vie — souvent il ne l'est pas, mais qu'il n'y a pas d'échappatoire, ce qui est une phrase plus vaste qu'elle n'en a l'air.

Le même livre nomme le faux témoin dans sa courte liste des choses que Dieu hait, et place à côté de lui, à la place finale et emphatique, celui qui sème des querelles entre les frères. Et lorsque le Nouveau Testament décrit ceux qui sont exclus à la fin, il ne se borne pas aux violents :

« Mais, pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les fornicateurs, les empoisonneurs, les idolâtres, et tous les menteurs, leur part est dans l'étang ardent de feu et de soufre ; ceci est la seconde mort. » (Apocalypse 21:8)

Et tous les menteurs. Les voilà placés dans cette compagnie, sans aucune excuse, à la fin de la liste, là où tombe tout le poids. Quoi que ce verset enseigne par ailleurs, il nous interdit de traiter le mensonge comme une faiblesse mineure et plutôt humaine.

L'Écriture parle aussi d'une grande maison contenant des vases d'or et d'argent, et aussi de bois et de terre : les uns à honneur, les autres à déshonneur, et dit que si quelqu'un se purifie de ces choses, il sera un vase d'honneur, sanctifié et propre au service du Maître. Le propos n'a rien de décoratif. Ce qu'un homme fait de sa langue contribue à décider quel genre de vase il devient, et un vase de déshonneur reste dans la maison. Simplement, on ne s'en sert pour rien de ce que le Maître estime.

L'Écriture répète l'avertissement pour qu'on ne le manque pas :

« Le faux témoin ne demeurera point impuni, et celui qui profère des mensonges, périra. » (Proverbes 19:9)

« Le témoin menteur périra; mais l'homme qui écoute, pourra toujours parler. » (Proverbes 21:28)

Et le Seigneur Jésus-Christ étend le compte à toute parole :

« Or, je vous dis que les hommes rendront compte, au jour du jugement, de toute parole vaine qu'ils auront dite; » (Matthieu 12:36)

Toute parole vaine. Non pas seulement les témoignages sous serment. Ce qui fut dit dans une cuisine compte aussi.

11. Retournez la lumière

Ici cet article doit faire exactement ce que le précédent a fait, sinon il devient une arme au lieu d'un miroir. Un article sur le faux témoignage, lu dans le seul but de penser à quelqu'un d'autre, a été bien mal lu.

Il est facile de lire une telle page en pensant à quelqu'un qui vous l'a fait. Retournez la lumière un instant.

Quand avez-vous pour la dernière fois répété au sujet d'une personne une chose que vous n'aviez pas vérifiée ? Quand avez-vous pour la dernière fois raconté des événements dans une version qui vous rendait meilleur que vous n'étiez ? Quand vous êtes-vous tu pour la dernière fois pendant qu'on déformait les propos de quelqu'un devant vous, parce que corriger eût été gênant ?

Et voici la question qui atteint la plupart d'entre nous : y a-t-il quelqu'un qui pense moins de bien d'un tiers à cause d'une chose que vous avez dite ?

« Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur; éprouve-moi, et connais mes pensées. Vois si je suis dans une voie d'injustice, et conduis-moi dans la voie de l'éternité! » (Psaumes 139:23-24)

C'est la bonne prière ici, et notez à qui il est demandé de sonder. Non pas à vous, vous examinant et vous notant avec générosité. Sonde-moi, ô Dieu.

Que chacun s'examine donc, et ces questions sont volontairement inconfortables.

Quand ai-je transmis pour la dernière fois, au sujet de quelqu'un, une chose que je n'avais pas vérifiée ? Quand je décris un différend, est-ce que j'inclus les parts qui affaiblissent mon camp ? Ai-je jamais prêté un motif que je ne pouvais absolument pas connaître ? Ai-je posé une question orientée pour semer une impression que je n'avais pas le courage d'énoncer ? Y a-t-il quelqu'un dont j'ai dit une chose que je ne répéterais pas s'il était dans la pièce ?

Et la plus dure : y a-t-il aujourd'hui une personne vivante dont on pense moins de bien à cause d'une parole que j'ai dite ?

Celui qui écrit ces lignes se tient sous ces questions avec chaque lecteur. Nul de ceux qui ont jamais parlé d'autrui n'est tranquillement quitte de ce commandement.

Et voici la difficulté particulière de ce péché-ci : nous ne nous en souvenons pas.

Un homme se rappelle avoir volé. Il se rappelle avoir frappé. Mais la phrase dite au sujet d'un tiers, dans une cuisine, il y a huit ans : elle est partie de son esprit le soir même, et elle est peut-être encore en train de travailler dans celui de l'auditeur.

C'est pourquoi l'examen doit être délibéré. Nul ne le fera pour vous, et votre mémoire ne le fera pas d'elle-même.

Repensez à la dernière fois où vous avez parlé d'une personne absente. Quelqu'un est-il reparti de cette conversation avec une opinion plus basse qu'en y entrant ? Et si oui, était-ce parce que vous lui aviez donné toute la vérité, ou seulement la part qui allait dans un sens ?

« Toutes les voies de l'homme sont droites à ses yeux; mais c'est l'Éternel qui pèse les cœurs. » (Proverbes 21:2)

12. Que faire si vous avez porté un faux témoignage

Voici enfin la partie pratique, et elle importe bien plus que toute l'analyse.

Supposez que vous sachiez l'avoir fait. Que faire à présent ? Trois choses, dans cet ordre, et aucune n'est confortable.

Confessez-le à Dieu pour ce que c'est. Non pas comme une indiscrétion ou une parole malheureuse. Nommez-le.

« Celui qui cache ses transgressions, ne prospérera point; mais celui qui les confesse et qui les abandonne, obtiendra miséricorde. » (Proverbes 28:13)

Allez vers la personne à qui vous avez parlé, et retirez-le. C'est la partie que tout le monde veut sauter, et c'est la seule qui limite les dégâts. Les paroles sont allées quelque part ; il faut les y suivre.

Et là où vous le pouvez, allez vers celui contre qui vous avez parlé. Cela vous coûtera quelque chose. C'est fait pour.

« Si donc tu apportes ton offrande à l'autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, Laisse là ton offrande devant l'autel, et va-t'en premièrement te réconcilier avec ton frère; et après cela viens, et présente ton offrande. » (Matthieu 5:23-24)

Lisez l'ordre que donne le Seigneur Jésus-Christ. Le culte s'arrête. L'offrande est déposée. L'affaire avec le frère se règle d'abord, et ensuite le culte reprend.

Premièrement, confessez-le à Dieu clairement, sans adoucir le mot. Non pas j'ai peut-être contribué à un malentendu. Dites exactement ce que c'était.

Deuxièmement, allez vers la personne contre qui vous avez parlé. C'est bien la part que chacun voudrait facultative, et elle ne l'est nullement. Dites-lui ce que vous avez dit, et à qui, et que c'était faux.

Troisièmement, corrigez la chose avec la même portée qu'elle a eue. Un bruit répandu auprès de vingt personnes ne se répare jamais par des excuses faites à une seule. Le mensonge a voyagé loin ; il faut donc que la vérité fasse le même chemin.

Quatrièmement, acceptez-en le prix. Vous y perdrez peut-être du crédit. On pensera peut-être moins de bien de vous. C'est là le prix de ce que vous avez fait, et le payer est le commencement d'une vie d'honnête homme.

Cela est dur à faire, et la plupart de ceux qui liront ceci ne le feront pas. Mais il n'existe pas d'autre chemin de retour, et celui qui le prend trouvera le fardeau plus léger que celui qu'il portait.

Et il faut prévenir trois échappatoires, car nous les prenons toutes.

« Je vais prier à ce sujet. » Priez, oui. Mais l'Écriture ne présente jamais la prière comme un substitut à la démarche ; elle la présente comme ce qui la précède. Le Seigneur Jésus-Christ n'a pas dit d'apporter l'offrande en priant pour le frère. Il a dit de laisser l'offrande et d'aller.

« Cela ne ferait qu'empirer les choses. » C'est parfois vrai, et c'est le plus souvent la peur qui parle. Là où une démarche ferait réellement plus de tort à la personne lésée, on s'abstient, mais que ce soit pour son bien à elle, et non pour votre tranquillité.

« C'était il y a trop longtemps. » Les années ne dissolvent pas ce qui est encore en train d'agir. Si la parole travaille encore, la rétractation opère encore.

« S'il se peut faire, et autant qu'il dépend de vous, ayez la paix avec tous les hommes. » (Romains 12:18)

Et la promesse faite à celui qui le fait est sans réserve :

« Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité. » (1 Jean 1:9)

Fidèle et juste. Non pas seulement miséricordieux — juste, car la dette a été payée ailleurs.

13. Miséricorde pour le faux témoin

Et voici maintenant ce qu'il ne faudrait surtout pas omettre, car sans cela cet article pousserait un coupable au désespoir plutôt qu'à Dieu.

Et maintenant la parole vers laquelle cette page cheminait, car une page qui ne ferait que condamner vous laisserait là où elle vous a trouvé.

Les hommes qui ont condamné le Seigneur Jésus-Christ se sont servis de faux témoins. L'Écriture le consigne sans rien adoucir :

« Or, les principaux sacrificateurs et les anciens, et tout le sanhédrin cherchaient quelque faux témoignage contre Jésus pour le faire mourir. Mais ils n'en trouvaient point; et bien que plusieurs faux témoins se fussent présentés, ils n'en trouvaient point. Enfin deux faux témoins s'approchèrent et dirent: » (Matthieu 26:59-60)

Il fut mis à mort sur le témoignage de menteurs. Et sur la croix il a prié pour les hommes qui l'avaient arrangé.

« Mais Jésus disait: Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. Puis se partageant ses vêtements, ils les tirèrent au sort. » (Luc 23:34)

S'il y a un pardon disponible pour des hommes qui ont porté un faux témoignage contre le Fils de Dieu, il y a un pardon pour ce que vous avez dit de votre prochain.

« Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité. » (1 Jean 1:9)

La langue qui a fait le mal est aussi celle qui peut le confesser. Servez-vous-en.

« Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche publiera ta louange. » (Psaumes 51:17)

Il y a bel et bien un pardon pour ce péché. Et c'est un plein pardon.

Songez que l'homme qui a écrit une grande part du Nouveau Testament s'était tenu là, consentant à la mort d'Étienne : cette exécution même obtenue par des témoins subornés. C'est lui qui gardait les vêtements. Et il est devenu l'apôtre Paul, et Dieu s'est servi de lui plus que de presque tout autre homme ayant vécu.

Songez que le premier des apôtres a renié son Seigneur trois fois avec serments et malédictions, la nuit même où de faux témoins déposaient contre lui, et qu'il fut rétabli nommément, et chargé de paître les brebis.

Si Dieu a pu pardonner cela, il peut certainement pardonner ce que vous avez dit.

« Car il n'y a point de distinction, puisque tous ont péché, et sont privés de la gloire de Dieu. » (Romains 3:23)

« Car le salaire du péché, c'est la mort ; mais le don de Dieu, c'est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur. » (Romains 6:23)

« Mais Dieu fait éclater son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. » (Romains 5:8)

« Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité. » (1 Jean 1:9)

« Mais à tous ceux qui l'ont reçu, il leur a donné le droit d'être faits enfants de Dieu, savoir, à ceux qui croient en son nom. » (Jean 1:12)

Et il y a une consolation de plus, pour l'autre côté de la chose. Si vous êtes celui qu'on a faussement accusé, et qu'aucun tribunal ne veut vous entendre et qu'aucun moyen ne s'offre de laver votre nom — souvenez-vous de qui d'autre s'est tenu à cette place. Lui-même se taisait devant ses accusateurs, et il s'en remettait à Celui qui juge justement. Rien n'est perdu pour autant. Dieu détient tout le dossier, et il n'égare pas les preuves.

Dites la vérité, et qu'elle vous coûte

Le peuple de Dieu doit se reconnaître à ceci : que ce qu'il dit soit digne de foi, sur les amis comme sur les adversaires, quand cela l'arrange et quand cela le dessert.

« Celui qui dit la vérité, rend un témoignage juste ; mais le faux témoin soutient la fraude. » (Proverbes 12:17)

Cela coûte quelque chose. Cela vous coûtera la version la plus satisfaisante d'une histoire, et parfois l'approbation d'une salle qui voulait entendre autre chose. Mais Dieu a rangé la parole véridique parmi les choses où il prend plaisir, et celui qui agit sincèrement envers son prochain fait une chose que Dieu remarque et qu'il aime.

Une seule phrase peut ruiner un homme. Une seule phrase peut aussi en défendre un. Les deux sont en votre pouvoir aujourd'hui.

« Les fausses lèvres sont en abomination à l'Éternel, mais ceux qui agissent sincèrement lui sont agréables. »
Proverbes 12:22

Si cet homme-là a obtenu miséricorde, la porte n'est fermée à personne qui lise cette page.

« Venez maintenant et débattons nos droits, dit l'Éternel. Quand vos péchés seraient comme le cramoisi, ils seront blanchis comme la neige; quand ils seraient rouges comme le vermillon, ils deviendront comme la laine. » (Ésaïe 1:18)

Ils deviendront blancs comme la neige. Non pas atténués. Non pas excusés. Blancs.

Voyez ce que David demande après son plus grand péché, non pas d'être caché, mais d'être rendu utile :

« J'enseignerai tes voies aux transgresseurs, et les pécheurs se convertiront à toi. » (Psaumes 51:15)

Et voyez ce que Dieu offre à quiconque revient :

« Repentez-vous donc et vous convertissez, afin que vos péchés soient effacés, » (Actes 3:19)

L'apôtre Paul lui-même avait porté témoignage contre des chrétiens jusqu'à la mort, et il écrit ceci de lui-même :

« Moi qui étais auparavant un blasphémateur, un persécuteur, un homme violent; mais j'ai obtenu miséricorde, parce que j'agissais par ignorance, étant dans l'incrédulité. » (1 Timothée 1:13)

Prions :

Père de notre Seigneur Jésus-Christ, nous venons nous présenter devant Ton trône de grâce par le nom précieux et par le mérite parfait de notre Seigneur Jésus-Christ, qui seul a ouvert le chemin qui mène jusqu'à Ta présence.

Nous Te rendons grâces pour Ton Fils bien-aimé, et pour Celui qui, outragé, ne rendait point d'outrage. Nous Te louons également pour Ta Parole préservée, laquelle déclare : « Ne mentez point les uns aux autres » (Colossiens 3:9), et qui ne saurait être anéantie.

Nous confessons devant Toi de chaque parole que nous avons répétée sans savoir si elle était vraie. Pardonne-nous, nous T'en supplions, et purifie-nous entièrement, car Tu es fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et pour nous purifier de toute iniquité.

Nous Te supplions pour toute âme qui lit ces lignes et qui est encore sans Christ. Envoie Ton Saint-Esprit afin de la convaincre de péché, de justice et de jugement ; ouvre son intelligence aux Écritures ; ôte de ses yeux le voile qui les couvre ; et attire-la vers Ton Fils avant même que ce jour ne s'achève.

Fortifie Ton peuple qui la lira. Console ceux qui sont découragés, affermis ceux qui chancellent, relève ceux qui sont tombés, et fais que nul ne s'en aille d'ici les mains vides. Et sers-Toi de ce message pour fais de chaque lecteur une personne dont la parole est digne de foi, pour Ta gloire et non pour la nôtre.

Nous Te demandons tout cela, ô Dieu, notre saint Père céleste, au nom précieux de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, par la puissance et l'onction du Saint-Esprit. Amen.

La prière la plus importante que vous ferez jamais

Avant de fermer cette page, il est une question qui compte bien davantage que tout ce que vous venez de lire : si vous mouriez cette nuit, savez-vous où vous seriez ?

Nul ne saurait être sauvé en adhérant à une église, en se faisant baptiser, en donnant de l'argent, ni même en menant une vie parfaitement honnête. Le salut n'est nullement un salaire que l'on gagne à la sueur de son front ; c'est un don gratuit que l'on reçoit. Nous avons tous péché, le salaire du péché c'est la mort, et il existe un enfer réel préparé pour le péché, mais le Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu, est mort sur la croix à la place même du pécheur, a été enseveli, et est ressuscité le troisième jour selon les Écritures.

Si vous vous reconnaissez pécheur, et que vous soyez disposé à vous détourner de votre péché et à vous confier en Lui seul, alors parlez à Dieu dès maintenant. Il n'existe aucune formule magique, mais si ces paroles sont le cri de votre cœur, priez-les et pensez-les :

Ô Dieu saint et tout-puissant, je viens à Toi tel que je suis, sans rien cacher. Je confesse que je suis pécheur. J'ai transgressé Ta loi, je me suis détourné pour suivre ma propre voie, et je mérite le jugement et le feu éternel que mon péché a mérités. Je ne puis en aucune façon me sauver moi-même, et je ne T'apporte rien.

Je crois que le Seigneur Jésus-Christ est Ton Fils ; qu'Il m'a aimé et qu'Il est mort sur la croix à ma place, versant Son sang précieux pour mes péchés ; qu'Il a été enseveli, et qu'Il est ressuscité le troisième jour.

Ici et maintenant, je me détourne de mon péché de tout mon cœur, et je me confie en Lui seul, non en mes œuvres, non en ma religion, non en ma bonté — pour me sauver. Seigneur Jésus, entre dans mon cœur, pardonne mon péché, et sois mon Sauveur dès cet instant et pour toujours.

Au nom précieux de notre Seigneur Jésus-Christ je prie. Amen.

Après avoir prié

1. Dites-le à quelqu'un aujourd'hui même. « Si tu confesses de ta bouche que Jésus est le Seigneur, et si tu crois dans ton cœur que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé » (Romains 10:9).

2. Commencez à lire la Bible. Débutez par l'Évangile selon Jean, puis lisez les Actes, puis l'épître aux Romains. Lisez-en un peu chaque jour. « Désirez avec ardeur le lait spirituel et pur, afin que vous croissiez par son moyen » (1 Pierre 2:2).

3. Parlez chaque jour à votre Père. Vous pouvez désormais venir à Lui avec une pleine confiance, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ. Aucun rendez-vous n'est nécessaire, ni la permission d'aucun homme.

4. Trouvez une église qui croit la Bible, et faites-vous baptiser. Non pas pour être sauvé : vous l'êtes déjà, mais bien par obéissance, et comme confession publique de ce qui vient de vous arriver.

5. Reposez-vous en ceci, et ne soyez pas ébranlé par vos sentiments. « Celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m'a envoyé, a la vie éternelle, et il ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie » (Jean 5:24). Vous pécherez encore ; et lorsque cela arrivera, confessez-le aussitôt et poursuivez votre route — « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1:9).